Sihanoukville : être chinoise ou ne pas être chinoise
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Sihanoukville : être chinoise ou ne pas être chinoise
20, Jun 2020 , 2:59 pm        
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ដោយ: ថ្មីៗ
thmeythmey (Opinion)
Phnom Penh : N’en déplaise aux esprits chagrins, la renaissance de Sihanoukville en une mégapole internationale est irréversible. « L’étoile montante du sud-ouest du Royaume », ainsi que la surnomment les autorités, va poursuivre à coups de milliards de dollars et de mètres-cubes de béton sa mutation engagée il y a quelques années.

 
Centre financier international, mégapole intelligente et éco-innovante, carrefour d’investissements multisectoriels, capitale internationale du jeu et du tourisme, Sihanoukville, tel que rêvée par le gouvernement, figurerait au firmament des mégapoles mondiales.
 
On imagine, brillant de mille feux se reflétant dans les eaux du Golfe de Thaïlande, une cité hybride, étincelante synthèse futuriste de Shanghai, Singapour, Macao et Las Vegas.
 
Alors que le gouvernement a mis cette année quelque 300 millions de dollars dans la réfection et la construction d'infrastructures routières, les projets d’investissements étrangers continuent de pleuvoir.
 
Lors d’une récente conférence de presse, le gouverneur de la cité portuaire précisait que « 60 entreprises ont prévu d’investir environ 10,7 milliards de dollars dans des projets touristiques, 11 autres doivent investir 213 millions de dollars dans des projets agro-industriels dans la province tandis que 6 autres doivent mettre 59 millions de dollars dans d’autres domaines de production ».
 
Si la ville a dans les années 1990 et 2000 a bénéficié d’investissements occidentaux pour se reconstruire, la mutation en cours est principalement financée par des capitaux chinois.
 
La présence chinoise dans le développement de la province n’est pas près de diminuer. Ainsi les autorités locales ont signé un Mémorandum d’Entente avec 16 villes et provinces de Chine pour promouvoir les échanges et les investissements dans les domaines du tourisme, de l’éducation, de culture et des sports.
 
Cependant, ont récemment tenu à souligner à plus reprises les autorités, Sihanoukville n’est pas une chasse gardée chinoise.
 
La Chine est le pays le « plus riche d'Asie et chaque pays veut attirer ses investissements. Mais nous ne visons pas seulement la Chine pour les investissements. Notre objectif est d'attirer d'autres pays riches pour qu'ils investissent également", a souligné le gouverneur de la province.
 
Durant une visite d’inspection des chantiers d’infrastructures en cours, le Premier ministre lui-même a insisté sur la vision internationale qu’était la sienne de « l’étoile montante » du royaume.
 
Le mieux pour le Royaume serait que, à l’instar de nombreux pays dans le monde – l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, la Bolivie – qu’il y ait au Cambodge de demain en quelque sorte deux capitales, l’une officielle, Phnom Penh, siège du gouvernement et des administrations centrales, l’autre, Sihanoukville, étant la capitale économique et internationale, ouverte sur le monde entier.
 
Le moins bon serait que Sihanoukville devienne quelque chose comme une enclave chinoise dans le royaume.
 
Il y a là un enjeu politique, économique et symbolique de taille que les milliards d’investissements annoncés ne doivent à aucun moment faire oublier.
 
 

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